Wednesday, April 30, 2008

Le fétichisme des dates

Ce que l’on appelle le fétichisme des dates en Côte d’Ivoire, c’est tout simplement le respect des délais en France ou le timely fashion des Anglo-Saxons. Quand la communauté internationale (sous entendu quelques occidentaux décidément trop pressés ou trop fétichistes avec les dates selon la terminologie locale) met la pression pour respecter le calendrier des Accords Politiques de Ouagadougou, c'est-à-dire fixer une date pour le élections et pour commencer le désarmement, les Ivoiriens crient au fétichisme des dates. Pendant quelques jours, les journaux sont plein de déclarations fracassantes contre le fétichisme des dates, cette attitude qui consisterait à adorer les dates sans prendre en considération la réalité du terrain et la culture ivoirienne. Cependant, parfois les Ivoiriens eux mêmes succombent au fétichisme des dates et fixent des dates (pour le premier tour de l’élection présidentielle par exemple). Pendant quelques jours, tout le monde s’agite autour de la nouvelle date, les acteurs du processus politique sont pris dans le tourbillon des dates, des calendriers, des activité à mener pour respecter les délais, puis sans que vous vous en rendiez compte, le rythme ralentit, la pression retombe et le jour J arrive sans que rien ne se passe. Et bien sûr le délai n’est pas respecté. Mais rien n’est tard, en Côte d’Ivoire !

Sunday, April 27, 2008

El terreno

No vayan a pensar con “un día más, un día menos” que me la paso en la oficina. Después de los miércoles de informe, no hay nada como el terreno para darle ánimo a uno. El terreno es un concepto muy relativo. Desde Abidjan, el terreno es Man. Para nosotros, en Man, el terreno son las dos regiones que nos toca cubrir, o sea 8 departamentos, 28 sous préfectures, ya no sé cuantos municipios y una gran cantidad de pueblitos que están en el culo del mundo. Muchos kilómetros de pista, donde es muy probable toparte con un puente como él de la foto. Cuando te toca, no sirve de nada preguntarles a los lugareños si se puede pasar, la respuesta es siempre “claro que sí, por aquí pasan los 5 toneladas que se llevan el cacao”. Ahí, después de evaluar el estado del puente, tienes dos posibilidades: dar media vuelta con la sensación que el terreno ha vencido. O creer en tu buena suerte, pasar, llegar a destino y cumplir con la misión. Reunirte con el jefe del pueblo, conversar un ratito, decirle con mucha diplomacia que no al agua y al koutoukou (alcohol local) que te ofrece. Porque, a la vuelta, hay que volver a pasar por el pinche puente y es mejor que no te tiemblen las manos. Cabe precisar que a la primera pasada, el tronco de la derecha se ha caído... En el terreno, el camionetón es tu mejor amigo. El terreno es duro, te quita mucha energía, cuando llegas a la oficina y te bajas del coche, parece que el suelo se mueve y todo el cuerpo te duele como si te hubiese pegado pero es muy gratificante. Nada como el terreno para compartir y darle sentido al trabajo.

Thursday, April 24, 2008

Un día más, un día menos

Son días como el de ayer que te hacen pensar, camino de vuelta a tu casa, un día más, un día menos. Cabe aclarar que los miércoles son días de informe. Cuando hay que hacer el resumen del acontecer sociopolítico regional. En la reunión de la mañana no sirve de nada pedir las contribuciones temprano, llegan tarde, desordenas y sin acento. Las hay de todo tipo, desde el recuento de una conversación con un prefecto hasta el detalle de los productos de base en el mercado de Kouibly. La verdad es que esta última, en épocas de manifestaciones contra el encarecimiento de la canasta familiar, me ha encantado. Después de las 5 de la tarde, cuando todo el mundo ha mandado su contribución, el colega de turno "centraliza" y me manda el borrador, me la paso reordenando párrafos, colocando acentos en la e para hacer é, è, ê, quitándole la r a Mr. para hacer M., reescribiendo la introducción, la conclusión… para finalmente mandar el informe a las 10 de la noche. Cuando le das el clic a “send”, estás hasta las pelotas de informe y echas de menos Haití donde no había informes, puro terreno. Un informe más, un informe menos. En realidad, me gusta coordinar el informe porque permite reflexionar sobre el trabajo y la contribución que le hacemos al proceso de paz en Costa de Marfil. Les mando una foto de mi oficina para que vean donde paso muchas horas. Un día más, un día menos, casi se me olvida decirles que ayer el blog cumplió dos años!

Sunday, April 13, 2008

L'ivoirité

Je vous avais parlé dans ces colonnes de la bolivianidad, qui était une sorte de concept assez flou que les Boliviens sortaient de derrière les fagots quand il ne savait pas expliquer quelque chose, une sorte de “ oui mais tu ne peux pas comprendre, c’est la bolivianidad ». Je voudrais aujourd’hui vous parler de l’ivoirité, un concept identitaire autrement plus précis que celui de la bolivianidad et qui a eu des effets politiques profonds, lui. Je m’empresse de préciser que je m’aventure sur un terrain miné parce que c’est pas simple d’essayer de vous expliquer l’ivoirité en un post, c’est même assez dangereux. Si on peut rire de la bolivianidad, c’est difficile de rire de l’ivoirité. Ironiquement, j’aborderai la question de l’ivoirité en parlant du cosmopolitisme. En effet, il y a une chose qui surprend quand on débarque à Abidjan, c’est son atmosphère cosmopolite : restaurants vietnamiens, chauffeurs de taxi burkinabè, hommes d’affaires libanais, artisans sénégalais. Le cosmopolitisme ne s’arrête pas à la capitale. Dans les régions ivoiriennes, les ressortissants étrangers sont présents dans les villes et les campagnes, surtout à l’ouest (zone de culture du café et du cacao), en provenance des pays du nord, moins bien lotis que la Côte d’Ivoire en termes de terres agricoles et de ressources forestières, le Mali, la Guinée, et le Burkina Faso principalement. D’ailleurs, les Ivoiriens déterminent immédiatement qui est autochtone et qui est allogène, c'est-à-dire qui appartient à la communauté d’origine et qui appartient à la communauté qui a migré à la recherche de terres plus fertiles. Et vous pouvez vivre et cultiver la terre dans une région depuis 20 ans, vous êtes toujours allogènes, a fortiori étrangers, aux yeux des autochtones. Ces déplacements de population ne datent pas d’hier. Les colons avaient provoqué de nombreux déplacements de population en pratiquant le travail forcé dans les plantations. Ensuite Houphouët Boigny avait favorisé la venue d’étrangers de la région ouest africaine en leur accordant les mêmes droits en matière d’accès à la terre et au suffrage pour favoriser le développement agricole et affermir les bases politiques de son régime. Selon le recensement de 1998, 26 % de la population est étrangère, un chiffre qui montre qu’il y a proportionnellement plus d’étrangers en Côte d’Ivoire qu’en Espagne ou en France. Dans les années 1990, la Côte d’Ivoire entre dans une période de turbulence économique et d’incertitude politique. Le creuset voulu par Houphouët va être au cœur de tous les débats. Le successeur d’Houphouët, le président Bédié organise un groupe de réflexion sur l’ivoirité ; il demande à des intellectuels de réfléchir à « un nouveau concept identitaire établissant scientifiquement les critères de la citoyenneté ivoirienne ». Qui est ivoirien, qui ne l’est pas? Dans un pays devenu indépendant en 1960, dont les frontières ont été stabilisées en 1943, on devine que ce débat va susciter des échanges assez houleux. Des expressions à la signification assez floue deviennent populaires : Ivoiriens de fibres multiséculaires, Ivoiriens d’origine, Ivoiriens de souche. Plus crue et rappelant d’autres pays et d’autres contextes politiques, la Côte d’Ivoire aux Ivoiriens. Au delà de « qui est ivoirien? », c’est aussi les questions de « qui peut être candidat? », « qui peut être électeur? » et « qui peut être propriétaire de la terre ?» qui sont posées. Dans un pays attachée à l’autochtonie et qui traverse une grave crise économique, difficile de répondre sereinement à ces questions. Nouvelle constitution, nouveau code électoral. Certains politiciens voient leur éligibilité remise en cause. Les populations du nord se sentent exclues. C’est le début du conflit identitaire dans lequel se débat toujours la Côte d’Ivoire, après certes de multiples épisodes et revirements de situation, que je garde pour de prochains posts. Désolée pour le long texte mais impossible de faire court sur l'ivoirité!
Les citations et explications sont tirées de Géopolitique de la Côte d’Ivoire, de Christian Bouquet.

Sunday, April 06, 2008

Allô Président!

Il y a des présidents qui peinent à gouverner avec une majorité absolue et dont le pouvoir vacille deux ans après leur élection ; d’autres, victorieux d’ « élections calamiteuses », sont toujours là, plus de deux ans après l’expiration de leur mandat constitutionnel. Parmis ces derniers, on trouve Laurent Gbagbo. Celui ci, six ans après la tentative de coup d'Etat qui a divisé le pays en deux, est toujours président de la République de Côte d’Ivoire, avec certes un premier ministre issu des rangs de la rébellion, un gouvernement de réconciliation nationale et la moitié nord du pays sous le contrôle des Forces Nouvelles. Mais celui que l’on surnomme le boulanger, parce qu’il roulerait ses adversaires dans la farine, en a vu d’autres. En huit ans de présidence, il a résisté à une rébellion armée, arrivée jusqu’à Abidjan, plusieurs médiations internationales, la présence d’armées étrangères sur le territoire ivoirien et l’hostilité de l’ex-puissance coloniale. La longévité de Gbagbo, historien de formation et grand adversaire politique d’Houphouët, résiderait-elle dans le contexte ou dans son habileté politique et celle de son entourage ? J’ai eu un début de réponse jeudi soir en regardant la RTI. Je suis tombée sur le programme spécial : Laurent Gbagbo et son gouvernement face aux représentant des syndicats de consommateurs et de commerçants. En début de semaine, des manifestants ont protesté contre la hausse des prix des produits de première nécessité à Abidjan et le gouvernement a du prendre des mesures d’urgence. A priori rien de bien réjouissant ou divertissant dans un tel programme. Hé bien, détrompez vous. Laurent Gbagbo, dans le meilleur style Hugo Chávez, est un animateur hors pair et je n’ai plus zappé jusqu'à la fin de la retransmission. C’est un Laurent Gbagbo très jovial qui nous a expliqué le pourquoi de la vie chère, les mécanismes de l’inflation internationale et la baisse des stocks de riz en Asie. Il en a profité pour glisser quelques boutades : son gouvernement a beaucoup de défauts mais n’est pas responsable de la hausse du coût de la vie, s’il n’était pas président, il serait lui-même dans la rue, il a enfin encouragé ses concitoyens à cultiver du riz... Bref, les représentants des syndicats sont repartis contents et les ministres doivent maintenant se mettre au boulot. A quand un Allô Président sur les bords de la lagune Ebrié, pour nous expliquer la politique ivoirienne, africaine et mondiale ?!

Saturday, April 05, 2008

Ahí va...

Huevos con chorizo y papas en Grazalema

Tortilla de papas en La Línea de la Concepción
Almejas en La Trastienda

Tuesday, April 01, 2008

Poisson d'avril

Ca ressemble à un poisson d’avril mais ça n’en est pas un : j’ai aujourd’hui posé la première pierre d’un abris pour matériel agricole à Blotilé dans la région des 18 Montagnes. C’est mon collègue qui devait participer à la cérémonie mais étant absent j’ai été chargée de le représenter. Nous avons donc pris la route pour Blotilé ce matin, sans trop savoir de quoi il s’agissait, avec près d’une heure trente de retard sur le début de la cérémonie, comme de vrais politiciens qui enchaînent inauguration sur inauguration... Blotilé se trouve à une heure de piste de Logualé dans le département de Bangolo ou dans le département de Man, ce sont les mystères du découpage administratif ivoirien. Les villageois nous attendaient, organisés en comité de paix et comité des femmes. Après danses variées et moult discours (j’ai du moi aussi prononcé un discours…), la présidente du comité des femmes et moi avons posé la première pierre. La construction va abriter une décortiqueuse de riz pour faciliter le travail des femmes. La particularité de ce projet réside dans le fait que les femmes de différentes communautés ethniques, autochtones et allogènes, sont tombées d’accord pour effectuer les travaux et utiliser le matériel agricole ensemble et ce n’est pas une mince affaire dans la Côte d’Ivoire de l’après crise, surtout dans une région durement affectée par le conflit. La pose d’une première pierre n’était pas dans mon programme de la journée, ni d’ailleurs dans mes plans à plus long terme, mais j’ai passé une excellente matinée en compagnie des villageois de Blotilé - très accueillants et enthousiastes - et j'ai promis d'y retourner pour voir l'avancée des travaux.